mardi 14 janvier 2020

Interview d'Antoine Houdet

Pour bien commencer l'année 2020, notre reporter Patrick Miossec vous restitue l'interview qu'il a réalisé de Antoine Houdet patron du chantier TRICAT ! Un grand merci à eux deux de la part des amis du TRICAT et surtout une très bonne années 2020 à tous.



Patrick: Bonjour Antoine. L’année s’achève avec le Nautic, avec cette année la mise en avant du 20 pieds.
Quel est le bilan que tu en tires?

Antoine:
Les difficultés de transport, l'absence de train et de métro, a sans aucun doute influé sur la fréquentation du salon. La bonne nouvelle c'est que la marche à pied nous a fait du bien!
Selon les premières données, il y a eu 2 fois moins de visiteurs et on s'interroge de plus en plus sur la pertinence de notre participation à ce salon.
Néanmoins nous avons eu des contacts, élaborés des devis et signés des bateaux mais qui auraient sans doute pu se faire hors salon.
Patrick: Le bateau a t il reçu un bon accueil?

Antoine:
Le 20 pieds est bien accueilli. Présenté en version “PERF”, il repousse assez loin l'image certes efficace mais moins sportive de son prédécesseur l’Access 6. Conçu en tout point comme un petit 25 “Evolution”, dont il reprend les codes, il respire la sécurité.Comparé à la concurrence, il s'affirme comme un vrai bateau, marin et robuste sortant de l'image weekender.
Patrick: Seras tu également au prochain salon «das Boot» de Düsseldorf comme en 2019?

Antoine:
On y retourne même si nous avons pour l'instant du mal à nous implanter en Allemagne.
Nos cousins germains mettent du temps à nous intégrer à leur paysage, mais la presse Allemande nous fait de bons articles et ça commence à venir. Je pense que lorsque nous y aurons vendu 2 ou 3 bateaux supplémentaires, on commencera à exister.

Patrick: On oppose souvent ces deux manifestations, en pointant du doigt une baisse de fréquentation pour Paris. Quel est ton ressenti ?

Antoine:
Notre clientèle reste très majoritairement Française; tant que le Nautic de Paris existe, il est difficile de ne pas y venir. Nous pensons revenir l'année prochaine avec d'autres chantiers bretons et une formule plus light, moins onéreuse. D'autant que le Hall 1 sera supprimé en raison de travaux. Nous migrons dans le Hall 3 ou il n'est pas possible de mater; nous viendrons dans ce cas avec des vidéos.

Patrick: Pour revenir au bateau, cette longueur de 6m n’est-elle pas la taille «phare» dans cette catégorie des tris repliables/transportables?
Peut on résumer le cahier des charges à 3 critères :Facile à mettre en œuvre, vif sur l eau et suffisamment habitable pour passer un week-end à deux?

Antoine:
Chez TRICAT le modèle phare reste le TRICAT 25 avec 72 bateaux vendus. Tes remarques sur la facilité sont juste, mais beaucoup de nos client naviguent plus qu'un week-end en amoureux. Il y en a même qui naviguent avec leur enfants. Pour autant il est sûr que pour manutentionner sur un week-end, le 20 est un régal.

Patrick: On a lu dans voile magazine que tu étudiais la possibilité d équiper le Tricat 20 de foils. Sans tout dévoiler, peux-tu nous en dire un peu plus? Plans fixes ou mobiles? Sur les dérives et le safran? Pour quitter l élément liquide, faudra t il davantage de toile? Ou alléger le bateau actuel?

Antoine:
Les journalistes vont un peu vite en besogne. Je me méfie des annonces marketing pas toujours maitrisées. Nous avons commencé à naviguer sur le TRICAT 20 avec des dérives assymétriques verticales. On a quasiment doublé la portance, dans le but d'être ultra-performant au près et au reaching.
Lorsque le bateau gite, on génère jusqu'a 100kg de poussée verticale, ce qui soulage légèrement le flotteur mais on est loin de voler. Et ce n'est pas l'objectif.
Nous souhaitons rester dans la philosophie TRICAT, un bateau performant mais simple et sûr.
Je comprends et je partage l'envie de voler, mais cela requiert aujourd'hui un budget et une maitrise technique élevée que nous ne souhaitons pas imposer à nos clients. Il y a d'excellents supports pour cela.
Et puis, avant de naviguer à 30Kts, il est bon de s’habituer à 20Kts

Patrick: Hormis ce projet, quelles sont les nouveautés à venir ?

Antoine:
On est maintenant un peu à l'étroit dans notre site de production; nous projetons donc de nous agrandir.
Et nous commençons à réfléchir à un modèle intermédiaire entre le 25 et le 30, dans l’esprit davantage un gros 25 pieds plutôt qu’un petit 30 pieds.

Patrick: Le 25 évolution est un succès évident. Est-il prévu de faire évoluer le 23.5 selon la même formule?

Antoine:
Aucun projet dans ce sens, le TRICAT 20 comble parfaitement l'espace laissé par le 23.5 avec plus de place à l'intérieur, plus de volume dans les flotteurs (Aussi longs et plus modernes que ceux du 23.5) et des performances en hausse.
Le TRICAT 23.5, de même que le TRICAT 22, restent d'excellents choix pour rentrer dans la marque par le biais de l'occasion avec un budget modeste.

Patrick:
Autre succès, le Tricat 30. C était un sacré pari pour le Chantier, mais pari réussi avec 8 bateaux construits. Ce modèle, orienté «course-croisière «, a apporté de la notoriété au Chantier, mais au-delà, on imagine que le savoir-faire de l’équipe a sacrément évolué ? Par exemple, l aménagement intérieur d’un 30 pieds et d’un 20 pieds ne sont sans doute pas comparable en terme de complexité ?

Antoine:
Nous avons en effet franchi un pas important en termes de budget d'équipement et, à notre niveau, de complexité. Sans pour autant tomber dans la routine, sa construction est presque devenue facile.
Ce qui change, c'est le niveau de personnalisation de l'équipement, qui requiert un peu plus d’ingénierie; mais avec la construction d’une 9ième unité, nous avons déjà exploré pas mal de voies.
Sur le TRICAT 30 comme sur les autres modèle du chantier, nous sommes en recherche permanente d'amélioration et d'efficacité.

Patrick: Dans le domaine de la plaisance et de la construction nautique, on commence à parler de développement durable, déconstruction et recyclage. Est-ce que tes clients sont sensibles à ces sujets? Dit autrement, est ce que le projet Gwalaz (23.5 construit en bio-composites) se concrétisera dans les 2 prochaines années?

Antoine:
Je n'ai pas le sentiment que le développement durable soit une priorité majeure dans le nautisme, mais davantage un élément marketing de “bonne conscience”. A la base, un bateau de plaisance ne sert à rien d'autre qu'à se faire plaisir; le plaisir c'est important, c'est même notre moteur!
Je rebondis sur le moteur pour développer mon point de vue: Lorsque nous avons réalisé Gwallaz, des études d'impact ont été initiées sur 2 axes; l'impact lié à l'usage et l'impact lié à la construction/ déconstruction du produit.Concernant l'usage, les TRICAT quelque soit leur mode de construction, sont très soft; la plupart sont équipé d'antifooling semi-permanent et l'essentiel de l'entretien se fait à l'eau douce; ils sont très peu consommateur d'énergie, qu'elle soit électrique ou fossile; on arrive toujours à consommer moins d’une nourrice d'essence dans la saison); il navigue très bien avec le vent, et seulement avec le vent!

Concernant la construction, tout est fait en infusion, ce qui consomme peu de résine et envoie peu de styrène dans l'atmosphère. Les plastiques périphériques à la construction sont recyclés. Gwallaz avait apporté un bonus à ce niveau, en utilisant 90% de matériaux issus du végétal, mais n'apporte pour l'instant aucune solution à la fin de vie de l’embarcation. Peu de choses ont changé depuis 2013 mais de nouvelles résines présentent des caractéristiques encourageantes à ce niveau et nous redémarrons des tests en 2020.
Si les résultats sont à la hauteur de nos attentes et que la filière des bio-matériaux se met en place, nous incorporerons dès l'année prochaine des éléments biosourcés ,et potentiellement dégradables, dans nos bateaux.

Patrick: Merci, Antoine, pour cette interview; on te souhaite un bon salon en Allemagne, et plein de “naissances Tricat“ en 2020!
Antoine: Merci à toi. Je souhaite une bonne année aux utilisateurs de Tricat, et de belles navigations.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire